QU’EST-CE QU’IL A, PÉPÉ ?

Alzheimer expliqué aux enfants

 

                Illustrations : Nadine LAVIS

 

1

 

 

Zabote et Bicounet se sont isolés dans une chambre, à l’écart des oreilles adultes.

- Dis, Zabote, qu’est-ce qu’il a, Pépé ?

La jeune fille ne répond pas immédiatement. Elle semble perdue dans des pensées lointaines. A moins qu’elle ne prenne son temps pour trouver les mots permettant à son petit frère de comprendre. De comprendre ce qu’il a, Pépé

- Tu vois, Pépé, il est très malade. Ca s’appelle Alzheimer. C’est un nom un peu compliqué, et tu n’es pas obligé de le retenir. Mais tu l’entendras quelquefois. De plus en plus de personnes de son âge ont cette maladie. Avec maman, on a vu le médecin spécialiste qui s’occupe de Pépé. Il nous a tout expliqué en détails. Il nous a dit en quoi consiste cette maladie, et comment on doit faire avec grand-père.

- Il est fou ?

Zabote hésite un peu.

- On ne peut pas dire ça. J’ai l’impression que c’est un mot que les médecins n’aiment pas trop. En fait, son cerveau ne fonctionne plus très bien, par moments. C’est un peu comme si une petite souris lui en grignotait un petit bout chaque jour. A certains moments il va bien, mais le plus souvent, il est perturbé.

- Perturbé ?...

- Oui, bizarre, avec un comportement étrange, inquiétant. Il peut par exemple ne pas bouger pendant des heures, comme s’il dormait les yeux ouverts. Ou devenir un peu agité, brutalement, et s’énerver pour rien. Ou se mettre à pleurer sans raison particulière. Le plus grave, c’est qu’il perd la mémoire. Il oublie des choses ou des gens. Le docteur nous a donné l’exemple d’une vieille dame qui regardait un peigne sans se rappeler à quoi ça pouvait bien servir. Un jour, il peut très bien regarder maman sans se souvenir qu’elle est sa fille. Il peut confondre le jour et la nuit, et ne pas savoir la date ou l’heure. L’endroit où il est, aussi.

Bicounet réfléchit quelques instants.

- Et je l’ai entendu crier, aussi.

- Oui. Quelquefois, il croit voir des choses qui n’existent pas, ou des gens qui ne sont pas là. Il peut s’imaginer qu’une infirmière vient lui voler son argent tous les jours, ou qu’un médecin lui veut du mal alors qu’on l’empêche simplement de sortir. Alors il s’énerve. Mais il ne faut pas s’inquiéter. Ce sont des évènements ou des problèmes qui n’existent que dans sa tête. Un peu comme des rêves. Mais Pépé croit que c’est vrai. Dans ce cas, il ne faut pas lui tenir tête, ni essayer de discuter ou tenter de le convaincre. Quand ça arrive, maman essaie de lui parler d’autre chose, pour lui libérer l’esprit de ce qui le tracasse.

- Et ça le calme ?

- La plupart du temps, oui, parce que maman est très douce et très patiente.

Le petit garçon réfléchit aux réponses de sa grande sœur. Mais il a encore beaucoup de questions à lu poser…

 

 

 

2

 

 

A l’arrière de la voiture qui les ramène de la clinique, Zabote chuchote à Bicounet.

- Alors, tu as vu, Pépé avait l’air en forme, aujourd’hui.

Le petit garçon ne répond pas immédiatement.

- Oui…

Zabote a compris que quelque chose tracasse son petit frère. Elle lui prend la main sans rien dire. Il comprend qu’une fois de plus, il peut se confier à sa sœur.

- Tu as vu, quand on est arrivés avec maman, Pépé tournait en rond, comme un ours en cage, en répétant sans arrêt quelque chose qu’on ne comprenait pas bien.

- Oui, il avait une petite crise. Ca peut arriver. Il était un peu perdu, et son cerveau fonctionnait comme ces vieux disques rayés. A chaque tour, on revient au même endroit, jusqu’à ce que quelqu’un intervienne.

- Et… c’est dangereux ?

- Pas vraiment, non. Nous, on ne risque rien quand ça arrive. Simplement, c’est mieux pour Pépé que les gens présents essayent de le sortir de ces mouvements répétitifs. Ca le fatigue, et au bout d’un moment, il peut tomber. Tu as vu comment maman a fait ?

- Elle nous a dit de rester un peu plus loin. Pourquoi ?

- Pour ne pas le perturber davantage. Dans ce cas, il faut beaucoup de gentillesse et de patience. Tu as vu, elle s’est approché de lui doucement mais sans le surprendre. Et puis elle lui a pris le bras et l’a entraîné vers la chaise. Elle a commencé par lui dire « Bonjour, c’est moi, Cécilia, ta fille » Et puis, elle lui a raconté quelque chose, je n’ai pas entendu quoi, très calmement. Et au bout d’un petit moment, il a arrêté de répéter toujours ce truc incompréhensible, et il l’a écoutée. Et c’est là qu’elle nous a fait signe qu’on pouvait entrer.

- Mais il savait ce qu’il faisait, quand il tournait en rond comme ça ?

- Non, bien sûr. Ca fait partie de ces moments où la maladie lui fait faire des choses qu’il n’a pas vraiment voulu faire. Il ne les comprend pas lui-même, et d’ailleurs il ne s’en souvient plus, après.

- Alors, c’est mieux de ne pas lui en parler ?

- Oui. Ca ne sert à rien d’autre que de le troubler et le rendre triste. Et on ne veut pas attrister Pépé, n’est-ce pas ?

- Surtout pas ! répond vivement le garçon, surtout pas…

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