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PAPY JULES FAIT DE LA RÉSISTANCE
Je ne sais pas vous, mais moi je peux retracer mon intérêt pour la SF. Vous voyez ce gamin d’une dizaine d’années, là ? Il découvre que son père avait jadis été un bon élève et qu’il avait collectionné de ce fait un grand nombre de prix scolaires. En ces temps pré-nintendo, ces prix étaient constitués de livres. Et pas du livre de poche à dix sous, s’il vous plaît. Non, de beaux gros livres reliés, aux pages dorées sur tranches, aux couvertures rouges, ornées de titres gravés au fer doré, des objets imposants et magiques à la fois dont on tournait les pages avec respect et émotion. L’enfant avait été attiré par certains titres pleins de promesses : L’île mystérieuse, Le tour du monde en 80 jours, De la terre à la lune, 20000 lieues sous les mers, Voyage au centre de la terre,…bon sang, quels titres ébouriffants pour un gamin ! Quelques mois plus tard, le jeune lecteur était devenu un inconditionnel de Jules Verne et un amoureux de la littérature d’évasion – on ne parlait pas de SF, à l’époque – et des romans fantastiques. Bien sûr, papy Jules est probablement devenu illisible, aujourd’hui, remplacé dans le cœur des pré-ados par les mangas japonais, mais il a certainement marqué une palanquée de lecteurs. Fin de la séquence émotion avec petite larme de nostalgie ? Pas tout à fait. Car que découvre un million d’années plus tard notre ancien Vernophile devenu chroniqueur à l’Ours Polar ? Non, pas un Jules Verne inédit, ça se saurait. Il m’est tombé sous les lunettes il y a quelques jours un roman de SF dont Jules Verne est le héros principal. Gonflé, non ? Décidément, ces écrivains de SF ne respectent rien... Après avoir lui-même inventé des dizaines de personnages fantastiques, voici notre Jules devenu lui-même l’acteur principal d’une bonne histoire de SF. Par la grâce – et l’excellente idée – de Johan Heliot, dans La lune seule le sait.
L’histoire en deux mots. France, 1889. Louis Napoléon, empereur des Français surnommé Badinguet, règne en tyran sur un pays terrorisé et affamé. Il a écrasé la Commune en 1871, et fait massacrer ou déporter des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d ‘enfants. Au cours de l’Exposition Universelle de 1889, un vaisseau fait son apparition au-dessus de Paris. Un vaisseau vivant, transportant une race étrange, les Ishkiss. Vaisseau vivant mais mal en point. Il sera réparé-soigné par les ingénieurs du tyran. En échange, se nouera une alliance entre l’oppresseur et les extra-humains. Ceux-ci fourniront à Badinguet les moyens d’une nouvelle conquête sanguinaire : les mondes extra-terrestres. Et Jules, dans tout ça ? Revenant des Antilles dix ans après cette rencontre, et après un passage à Guernesey chez le chef de la Résistance, il devient l’espion des opposants. Mission : retrouver Louise Michel, la Pétroleuse de la Commune, expédiée depuis un bagne Calédonien dans un autre situé sur la lune, et aider à organiser la chute du tyran. Jules Verne, Louise Michel, l’éditeur Hetzel, Louis Napoléon, les communards,… tous ces personnages réels se retrouvent dans cette œuvre originale. Le ton est un peu Vernien, mais sans excès. On s’exclame Diantre !, on y parle de fadaises, de cognes et les femmes se disent émoustillées. Les dialogues ont un côté délicieusement rétro tout en sonnant parfaitement juste, au milieu d’une histoire peuplée d’extra-terrestres et de vaisseaux spatiaux aux chairs palpitantes. Une uchronie faite d’un mélange inhabituel et agréable. Papy Jules a certainement apprécié, sacrebleu !
La lune seule le sait de Johan Heliot Folio-SF, 360 p.
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