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QUAND LES GROSSES TETES SE DÉCHAINENT
Mes amis,
Il y a quelques temps, je vous ai éclairés sur ce que des esprits faibles mais imaginatifs pouvaient concevoir comme ahurissants projets, et sur ce que la mise en œuvre de ces idées farfelues pouvait entraîner comme dramatiques conséquences. Nous éprouvons tous, vis-à-vis de ces sublimes crétins un sentiment normal d’éloignement, de distance. Un abruti intégral ne peut concevoir et mettre en œuvre qu’une nouillerie magistrale. Le monde nous paraît ainsi être logique et harmonieux. Mais l’est-il vraiment ? Allons voir maintenant à l’autre extrémité de l’échelle allant de l’idiotie au génie, et voyons aujourd’hui ce que des esprits dont nous nous sentons - à tort ou à raison - certainement plus proches, à savoir des étudiants bardés de diplômes, des doctorants érudits, des savants reconnus, des chercheurs émérites et des sommités scientifiques, peuvent imaginer.
Si les idiots remarquables peuvent prétendre au prix Darwin, les chercheurs et les savants peuvent concourir malgré eux pour le prix Ig Nobel. Décerné depuis une douzaine d'années par l'association humoristico-scientifique Improbable Research, le prix Ig Nobel (ce qui donne "ignoble" en Américain), récompense les travaux scientifiques les plus loufoques de l'année. Il couronne des recherches bizarres, insolites ou absurdes qui n’auraient jamais dû être menées et qui ne devraient surtout pas être reconduites.
Petit voyage au bizarreland, une fois de plus 100% authentique…
En psychologie, le comité a récompensé les travaux des Américains David Dunning et Justin Kreuger, pour leurs travaux, parus dans le "Journal of Personnality and social Psychology", et tendant à montrer que, je cite, "les personnes incompétentes ne savent pas qu'elles le sont, et persistent malgré leurs échecs répétés, à s'estimer infaillibles". Ces recherches ouvrent de grandes perspectives à l'homme qui, du même coup, comprend beaucoup mieux certains aspects de sa vie professionnelle.
En littérature, a été particulièrement remarquée la contribution de l'Australienne Jasmuheen, qui explique dans son livre Living on Light que bien que les gens mangent, ils n'ont pas vraiment besoin de le faire. On peut raisonnablement douter de ces conclusions sur le plan scientifique.
En biologie, un Ig Nobel est revenu au Canadien Richard Wassersug, de l'Université Dalhousie, au Canada, qui a rendu compte de ses observations personnelles sur les qualités gustatives des têtards du Costa Rica. L’histoire ne dit pas si Richard était sponsorisé par une chaîne de restaurants chinois…
En chimie, Donatella Marazziti, de l'Université de Pise, en Italie, a été récompensée pour ses travaux démontrant que sur le plan biochimique, on ne peut pas distinguer l'amour romantique d'une grave maniaco-dépression. Les cerveaux des amoureux se caractérisent par un taux anormalement bas de sérotonine, neurotransmetteur qui fait également défaut aux personnes atteintes d'un trouble compulsif sévère. Ainsi, ce que l'homme savait déjà intuitivement depuis des années vient d'être scientifiquement démontré.
En médecine, Willibrod Weijmar Schultz, a eu l'idée de mettre des couples dans un scanner à résonance magnétique pour observer le comportement de leurs organes génitaux pendant qu'ils faisaient l'amour. En principale conclusion, il a démontré que le pénis se courbe alors en forme de boomerang. J’ajouterai que, fort heureusement, ce modèle de boomerang revient presque toujours vers son propriétaire après utilisation.
Un Ig-Nobel de littérature a été octroyé à la British Standard Institution pour sa notice officielle (norme BS 6008) de six pages sur la meilleure façon de préparer le thé. Il faut croire qu’il était certainement grand temps d’apprendre aux anglais à préparer leur boisson nationale…
La British Royal Navy a reçu un Ig-Nobel de la paix. En effet, pour faire des économies, elle ne tire plus de vrais coups de canons lors de ses exercices et demande simplement à ses équipages de crier "boum" à chaque tir simulé.
L’IG-Nobel de la santé est revenu à trois chercheurs de Glasgow pour une étude sur le mauvais état des toilettes municipales de leur ville. En effet, il arrive trop souvent que les siéges s'effondrent sous les fesses de l'utilisateur. Les blessures spécifiques occasionnées par les tessons de faïence sont généralement assez graves. Une étude précise de ces blessures "inédites" a été publiée dans le "Scottish Medical Journal". Mais c'est la conclusion de l'article qui reste la plus ébouriffante : il en ressort que l'on devrait réparer d'urgence les toilettes. CQFD.
Jack Harvey et pas moins de six autres chercheurs australiens ont reçu un Ig Nobel de physique pour un article publié dans Applied Ergonomics, intitulé « Une analyse des forces requises pour traîner un mouton sur des surfaces variées ».
Eleanor Maguire et 6 de ses collègues ont été récompensés pour avoir prouvé que la partie du cerveau correspondant au centre de la navigation était mieux développée chez les chauffeurs de taxi londoniens que chez la plupart de leurs concitoyens. L’article, publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences, est intitulé « Changement structural lié à la navigation, dans l’hippocampe des chauffeurs de taxi ». Eleanor Maguire et ses collègues ont de plus démontré que le surdéveloppement de l’hippocampe postérieur, la partie du cerveau dédiée à la navigation, est proportionnel au nombre d’années d’expérience des chauffeurs de taxi. Il a donc fallu se mettre à sept pour une conclusion aussi stupéfiante.
John Trinkaus (de la Zicklin School of Business), a reçu l’Ig Nobel de littérature pour avoir publié plus de 80 études détaillées en vingt ans sur des petits riens de la vie quotidienne tels que le pourcentage des ados portant une casquette avec une visière à l’arrière plutôt qu’à l’avant ou celui des piétons qui portent des chaussures de sport blanches plutôt que colorées ou bien encore la proportion de nageurs qui préfèrent l’extrémité peu profonde de la piscine.
Stefano Ghirlanda, Liselotte Jansson, et Magnus Enquist ont été remarqués pour leur article « Les poulets préfèrent les humains beaux », publié dans la revue Human Nature. Dans cette très sérieuse étude, on apprend que les poulets ont les mêmes préférences sexuelles que les humains, et choisissent les humains du sexe opposé selon les mêmes critères physiques… A méditer lors de vos prochaines vacances à la ferme.
Mes amis, le saviez-vous ? Vivre est dangereux. J’en veux pour preuve une étude ayant duré quatre années complètes auprès du service des admissions d’un hôpital de Papouasie - Nouvelle Guinée, menée par des chercheurs qui ont démontré que la chute des noix de coco pouvait causer des blessures, et le croirez-vous, essentiellement à la tête.
Un Ig Nobel d’astrophysique a été attribué à Jack et Rexella Van Impe pour leur découverte selon laquelle les trous noirs remplissent parfaitement toutes les conditions pour être la localisation exacte de l’enfer.
L’Ig Nobel de technologie a été attribué conjointement à John Keogh, un Australien, pour son dépôt du brevet de la roue en 2001 et au Bureau Australien des Brevets, pour lui avoir décerné le brevet n° 2001 1100012.
George et Charlotte Blonsky de New-York on reçu un Ig Nobel de médecine pour leur invention (brevetée sous le n° 3 216 423). Il s’agit d’un ingénieux dispositif permettant aux femmes d’accoucher plus facilement. La parturiente est solidement sanglée sur une table qui est alors mise en rotation à grande vitesse. On ne sait pas combien de bébés ont explosé contre les murs de la salle d’opérations lors de la mise au point du dispositif…
Un Ig Nobel de statistiques a été décerné à Jerald Bain et Kerry Siminoski. Leur travail ? Une étude statistique très précise portant sur “La relation entre la taille d’un homme, sa pointure, et la longueur de son pénis”. Je suis désolé de ne pas pouvoir vous communiquer les résultats de ce passionnant travail.
La mer et les océans vous semblent contenir encore bien des mystères ? Vous vous êtes peut-être déjà demandés d’où provenaient ces petites bulles qui venaient crever à la surface de l’eau. Ne cherchez plus. Ben Wilson et quatre autres chercheurs ont fait une découverte majeure qui leur a valu un Ig Nobel de biologie. Ils ont en effet mis en évidence que les harengs communiquent grâce à leurs flatulences.
Un Ig Nobel de mathématiques très mérité est revenu à l’église sudiste baptiste d’Alabama, qui a calculé avec la plus extrême précision combien de citoyens d’Alabama iront en enfer s’ils ne se repentent pas.
Shigeru Watanabe et trois de ses collègues de l’université Keio au Japon ont obtenu un Ig Nobel de psychologie pour avoir entraîné avec succès des pigeons à faire la différence entre les tableaux de Monet et ceux de Picasso. L’étude ne dit pas ce que les pigeons préféraient.
Vous vous êtes déjà demandé pourquoi les tartines tombaient toujours du coté beurré. Robert Matthews, de l’Aston University en Angleterre, s’est également posé cette question. La réponse, toute scientifique se trouve dans son étude “Les toasts qui tombent, la loi de Murphy et les constantes fondamentales”, qui lui valut un Ig Nobel de physique.
Steven Stack et Jim Gundlach ont été récompensés d’un Ig Nobel pour leur étude démontrant de façon irréfutable le lien direct de cause à effet entre le développement de la musique country et l’augmentation du taux de suicide dans les grandes villes américaines.
Le très sérieux journal de l’Association Médicale Norvégienne s’est interrogé sur une question fondamentale : L’ail a-t-il réellement un effet protecteur contre les vampires. Depuis la mort de Vlad Drakul, dit Vlad l’empaleur, peu de vampires ayant été identifiés, les chercheurs ont dû remplacer le satanique buveur de sang par des sangsues, beaucoup plus faciles à étudier. A leur grande surprise, ce travail scientifique remarquable démontra au contraire que l’ail avait un grand pouvoir d’attraction sur les sangsues, donc sur les vampires. Consternation dans le monde scientifique. Les chercheurs norvégiens ont certainement envoyé leurs conclusions à leurs homologues des Balkans, à toutes fins utiles.
Et les Français ? Un certain nombre de nos compatriotes ont été distingués par l’Ig Nobel.
A tout seigneur, tout honneur. En 1996, Jacques Chirac reçut l’Ig Nobel de la paix pour avoir décidé de relancer des essais de bombe atomique dans le Pacifique, au moment exact de la commémoration du cinquantième anniversaire d’Hiroshima. Bravo l’artiste !
Le prix Ig Nobel de chimie a été attribué en 1991 à l’inénarrable Jacques Benveniste, correspondant de la célèbre et très sérieuse revue Nature, pour sa découverte de ce que l’eau est un liquide intelligent, et pour avoir démontré qu’elle est capable de se souvenir d’événements, très longtemps après que toute trace en ait disparu.
Le prix Ig Nobel d’archéologie fut décerné en 1992 aux Éclaireurs de France, groupe de jeunesse protestante, briqueurs, racleurs, et consciencieux récureurs de graffitis, pour avoir si bien nettoyé les peintures paléolithiques de la grotte de Mayriere près de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) qu’il n’en reste nulle trace.
L’Ig Nobel 1993 de physique revint à Louis Kervran, ardent alchimiste, pour la conclusion de son article « Transmutations biologiques et leurs applications en chimie, physique, biologie, écologie, médecine, nutrition, agronomie, géologie », démontrant que le calcium des coquilles d’œufs de poule est créé par un processus de fusion froide.
Le facétieux Jacques Benveniste reçut de nouveau, en 1998, l’Ig Nobel de chimie pour avoir publié avec trois camarades, un article selon lequel l’information peut être transmise par le téléphone et - le croiriez-vous - même par Internet. L’article, intitulé « Transfert transatlantique de signal antigénique digitalisé par liaison téléphonique », parut dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology.
Evidemment, mes amis, le premier réflexe du citoyen-contribuable est d’additionner mentalement les sommes dépensées pour de telles recherches. Car il s’agit presque toujours de laboratoires et d’argent publics. Alors le citoyen de râler. Puis, sa crise de mauvaise humeur terminée, il se prend à songer. Et en final, il a une pensée un peu émue pour tous ces chercheurs et scientifiques qui, la tête dans les étoiles, nous amusent ou nous font rêver avec ces découvertes inutiles et ces études absurdes. A ce moment, l'homme oublie les harengs pêteurs et la fragilité des toilettes écossaises. Il ne cherche pas non plus à imaginer le goût particulier du têtard du Costa Rica. Songeur, il repense plus particulièrement à l’Ig-Nobel de chimie assimilant la passion amoureuse à une maladie mentale, et il se dit en souriant que si ça ne tenait qu’à lui, il retomberait bien malade… |
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