MEURTRES A LA CARTE


 

Je ne sais pas vous, mais moi le tarot, j’ai jamais vraiment accroché. J’ai essayé, comme tout le monde, mais plus intéressé par les figures bizarres des atouts que par les règles et le déroulement du jeu, j’ai rapidement constaté ma nullité crasse et abandonné. Exit le tarot. Quelques siècles plus tard, la femme de ma vie me tend un livre « Tiens, lis ça… » OK, boss. Donc, Tarot de William Bayer. Je redoute la prise de tête avec Aspégic et consultation obligatoire des encyclopédies idoines. A l’arrivée, bonne surprise, ça se lit facilement, même quand on n ‘est pas un tarotiste fou.

Une idée de l’intrigue ? Cap, un ex-agent du FBI, traque des tueurs qui massacrent des inconnus pris au hasard. Les assassinats s’accompagnent d’une mise en scène macabre dont le but est de créer la figure d’une des cartes du jeu de tarot. Puis, clic-clac, photo. Le but de cette collection d’images saignantes n’est pas clairement dévoilé au final. L’auteur suggère des pratiques démoniaques sans être plus explicite. Un peu dommage. Evidemment, Cap, le « chasseur de Satan » est personnellement impliqué dans la traque. Les mêmes frapadingues lui ont trucidé sa fille dix ans plus tôt lors d’une cérémonie satanique. L’effet est facile, mais il donne un peu plus d’épaisseur au personnage.

En chemin il sera aidé par son ex-femme, un couple de journalistes sans scrupules (pléonasme…) et une webmaster tarotmaniaque un peu nunuche.

Une petite remarque. Contrairement à ce qu’on imagine au fil des premières pages, ce n’est pas un « whodunit » où le coupable est démasqué dans une éblouissante démonstration de savoir-faire par un détective qui marche sur l’eau le dimanche, trois pages avant la fin. Vous saurez qui sont les coupables à la page 86. L’intérêt est dans le « comment » et le « pourquoi » plutôt que dans le « qui ».

Un seul bémol : dans sa recherche de renseignements, Cap rencontre la webmaster. Une soirée à parler gentiment de tarot. La veillée des chaumières version 2001. Au revoir, mademoiselle, bonjour à vos parents. Et là, Bayer dérape sérieusement. Cette rencontre est suivie de 12 pages niaiseuses de messages internet entre les deux goyos, qui se découvrent progressivement un amour mutuel relayé par le cyberespace. Barbara Cartland découvrant les joies du modem. Hé, Bill, tu aurais pu faire un petit effort et nous épargner Harlequin à la sauce e-mail ! Enfin, 12 pages sur 310, c’est pas la cata, et Bill Bayer se remet vite à son équipée sauvage. La fin est un peu facile et convenue – je ne déflore rien en laissant entrevoir que le Bien triomphera du Mal – et une ou deux précisions sur les motivations des si gentils photographes auraient été les bienvenues. Quelques surprises finales viennent quand même nous titiller l’intérêt.

Tarot est un thriller dont l’intérêt principal réside dans son univers original, celui des fêlés de ce jeu hors du commun. On peut le lire sans rougir, l’apprécier sans en avoir honte, et le recommander à ses copains sans risquer la fâcherie grave.

 

Tarot de William Bayer

Ed. Rivages Thriller

 

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