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SCI-FI IMPÉRATRICE [2]
Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien les bonnes nouvelles. Non, pas celles qu’on m’annonce - encore que…-, mais celles que je lis. Les histoires courtes, d’une page à une petite vingtaine. La nouvelle, c’est ce qu’il y a de plus agréable à lire. Si elle est bonne, on a hâte de sauter à la suivante. Si elle est médiocre, le désagrément est de courte durée. Et contrairement à ce que pense un vain peuple, écrire une bonne nouvelle est un exercice particulièrement difficile. Le marathonien peut se permettre un faux pas, une baisse de tonus de quelques minutes. Pas le sprinter de cent mètres. Chaque mot compte, chaque phrase est essentielle. Le non-dit est aussi important que le décrit, l’expliqué. La nouvelle est pour son auteur une bataille qui, même gagnée, laisse souvent un arrière-goût d’imperfection, voire d’inachevé. Bref, ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air. Et s’il est un domaine qui se prête particulièrement bien à ce format, c’est la Science-Fiction. Oh, j’entends déjà les grincheux murmurer derrière mon dos. « La SF, sous-littérature … Personnages sans épaisseur… Pas de profondeur… Situations stéréotypées… Intrigues pauvres… » J’ai même - j’en frissonne encore - entendu un jour « Littérature de débiles, pour débiles » Pardonnons à la pauvre pécheresse ayant proféré cette énormité, elle ne savait pas ce qu’elle disait… Avec le Polar, la SF est certainement le genre littéraire le plus inventif et le plus intelligent. Les bonnes histoires de SF entraînent le lecteur vers des ailleurs proches ou lointains d’où il revient imperceptiblement transformé. Les plus grands ont excellé dans le format nouvelle : Isaac Asimov, auteur quasiment Oulipien, qui inventait des règles apparemment parfaites – les trois lois de la robotique – pour mieux les contourner ensuite. Des bijoux d’invention. Ses connaissances scientifiques lui permettaient des créations parfaitement plausibles. Philip Dick, ensuite, paranoïaque et toxico, beaucoup plus persuadé d’un complot destiné à le détruire que de la réalité de sa propre existence. Ses nouvelles sont des coups à l’estomac. Elles laissent le lecteur ébahi et ravi, inquiet et troublé, avec ce sentiment persistant de revenir de loin, de très loin. Et Ray Bradbury… Comment peut-on écrire comme Ray Bradbury ? Je donnerais tout ce que vous possédez pour écrire comme lui… Ses nouvelles vous transportent, littéralement. Il vous prend par la main et vous entraîne à pas feutrés dans un univers magique où la différence entre hommes et machines devient floue, où même la violence est empreinte de poésie. Chez Bradbury, la beauté n’est pas mièvre, la cruauté n ‘est pas brutale, la nostalgie est souvent présente et la réalité réserve d’étonnantes surprises. Les univers bradburiens ont un parfum d’étrangeté envoûtant. Dans les nouvelles de Bradbury, un quotidien banal est soudain perverti par un grain de sable fantastique qui rend irréel un environnement que le héros - et le lecteur… - croyait connu et maîtrisé, stable et rassurant.. On devrait apprendre à lire aux enfants avec du Bradbury. Et que chacun se souvienne que ne pas lire Bradbury est un péché mortel qui conduit droit en enfer. Qu’on se le dise !
Biblio incontournable : Asimov : La série des Robots, mais aussi la trilogie de Fondation (dans l’ordre, Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation. On peut ne pas lire L’aube de Fondation et Fondation foudroyée). Coll. Présence du Futur, Denoël Dick : L’ensemble de ses nouvelles par ordre chronologiques. Nouvelles 1947-1952, 1953-1963, Coll. Présences, Denoël. Bradbury : La foire des ténèbres, L’homme illustré, Les machines à bonheur, Un remède à la mélancolie, A l’Ouest d’Octobre, Les pommes d’or du soleil. Coll. Présence du Futur, Denoël. …mais à part ça, tout va bien, Folio |
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