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DE RETOUR DU SF MARKET
Je suis d’autant plus heureux de m’être trompé que ces derniers mois, me sont tombés sous les lunettes plusieurs ouvrages particulièrement sympas. Dans l’impossibilité de n’en citer qu’un seul, je vous propose une sélection de ce qui peut enchanter le SFmaniac exigeant. On y va ? De retour du SFmarket, je retourne mon panier sur la table. Voyons voir…
L’échange, d’Alan Brennert. Richard Cochrane est un comédien talentueux et reconnu. Réussite professionnelle enviable, au prix d’une vie privée calamiteuse. Richard se prend à s’interroger sur ce qu’il lui serait arrivé s’il avait fait d’autres choix, des années auparavant. Dans une autre réalité, Richard est employé dans une compagnie d’assurances et se fait suer grave. Il rêve de l’artiste qu’il aurait pu devenir. Les deux Richard vont se rencontrer et décider d’échanger leurs vies, boulot, famille et petites amies compris. Merci aux bugs de l’espace-temps. Mais les rêves sont-ils faits pour se réaliser ? Pas sûr…Un thème classique revu de très belle manière. Moins légère qu’il n’y paraît, on a là une belle illustration de la lancinante question « Et si j’avais plutôt épousé Josyane au lieu d’Annabelle, ça serait quoi, ma vie aujourd’hui ?... »
La voie du sabre de Thomas Day. Vous aimez l’exotisme ? Moi aussi. Nous voici au Japon du XVIIè siècle. Le chef de guerre Nakamura Ito confie l’éducation de son fils Mikédi à un ronin de passage, Miyamoto Misashi, le plus grand maître dans l’art du maniement du sabre. L’ambition du gamin est de devenir le mari de l’impératrice-dragon, un bestiau plutôt inquiétant, mais bon, quand on a de l’ambition, on ne s’attarde pas à quelques différences physiques, n’est-ce pas ? De la fantasy légèrement dosée, dépaysante et délicieuse.
L’œil de la Sibylle de Philip K. Dick. « N’écrivez pas pour vivre ; vendez des lacets » C’est l’avertissement que donne Dick dans une des deux intros à ce recueil de huit nouvelles. Il avait beau être certainement chargé comme une mule quand il a écrit cet avertissement, il avait bien raison et était – mal – payé pour le savoir. Ceux qui aiment Dick seront servis. On retrouve les thèmes purement dickiens, liés à ses angoisses et à sa parano psychédélique. La réalité n’est pas sûre, les objets disjonctent et prennent le pouvoir, on ne peut même pas se faire confiance à soi-même, et les rêves sont un peu trop envahissants. Les huit nouvelles ne sont pas toutes du même niveau, mais la magie fonctionne et en refermant le recueil on ne regarde plus son chien, son voisin ou sa cafetière de la même manière.
Le vieil homme et son double, de Joe Haldeman. Hemingway a perdu les manuscrits de ses oeuvres de jeunesse en 1922. Un universitaire, spécialiste de l’auteur du Vieil Homme et la Mer, rencontre un faussaire qui lui propose de recréer les manuscrits disparus. Superbe idée, jusqu’au moment ou le chercheur est assassiné… par un sosie d’Hemingway. Vengeance d’outre-tombe de l’écrivain ? Pas vraiment. Plutôt une course entre les deux complices et des Hemingway, à saute-mouton sur différents univers parallèles. Un renouvellement assez réussi du thème des mondes parallèles, qui a obtenu le Nebula en 90 et le Hugo en 91. Excusez du peu.
Un cheval dans la salle de bains, de Douglas Adams. Oui, c’est bien de celui-là qu’il s’agit. Doug Adams, l’immortel auteur de la célébrissime saga du Guide du Routard Galactique, chef-d’œuvre d’humour déjanté. Le bougre remet ça avec les aventures baroques d’un détective comme on en a rarement vu, heureusement. Dirk Gently enquête n’importe comment sur des phénomènes improbables en appliquant les principes de la physique quantique pour mieux arnaquer ses clients. Et c’est bien malgré lui et totalement par hasard qu’il sauvera l’Humanité et trouvera pourquoi il y avait un cheval dans la salle de bains. Saugrenu, cocasse, loufoque, décalé, 100% humour anglais avec des petits bouts de nonsense à l’intérieur.
Echecs et maths de Terry Bisson. Trois longues nouvelles formant une chose difficile à classer. Comment se retrouver à la surface de la lune en ouvrant la porte d’une baraque en bois au fond d’une casse auto dans les faubourgs de New York… Comment éviter l’effondrement de l’Univers en observant les perles de bois d’un coussin de siège de taxi… Pourquoi tout à coup les avions partent et arrivent à l’heure ? Comment se fait-il que les taxis soient là au premier appel ? Trop beau pour être normal. Il est urgent de boucher les fissures de l’espace-temps, avec l’aide des mathématiques et d’un copain que rien n’étonne. Un humour pince sans rire qui fait accepter facilement les propositions les plus improbables. Rafraichissant.
Le tout, édité en poche chez Folio – SF, bonne maison.
Voilà, ça sera tout pour cette fois. Je retourne au marché et je vous tiens au courant. A bientôt sur nos lignes.
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