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Les ManipulaTueurs
Je ne sais pas vous, mais moi je Les ai vus. Enfin, vus… pas vraiment. Mais subis, ça j’en suis certain. Comment expliquer autrement une vie entière à faire ce que nous n’avons pas envie de faire ou ce qui nous est le plus insupportable : « Pour votre incorporation, présentez-vous au régiment situé… » On se marie ? « Veuillez régler votre tiers provisionnel avant le… » Chéri, on passe le week-end chez ma mère… « Votre horaire de travail est le suivant… » Chéri, après l’aspirateur, tu feras la vaisselle… Et si on allait vivre au Poiré-sur-Vie ?… Allez, saute ! L’élastique est calculé pour… Dis donc, tu veux bien m’écrire une nouvelle pour Caïn ? Gratuit, bien sûr… La liste est interminable de ce que nous avons l’impression de faire de notre plein gré alors que l’idée même devrait nous en être insupportable. Masochisme ? Inconscience ? Non. Je suis manipulé, nous sommes manipulés. Par Eux. Eux qui ont le Talent. Eux, ces vampires psychiques capables de tripatouiller notre esprit, de s’y faufiler et de nous faire accomplir les pires choses pour leur plaisir ou leur profit. Eux, qui s’introduisent dans nos têtes, prennent les commandes et nous marionnettisent(*) . Ils sont à la tête du FBI. Ils contrôlent le gouvernement. Parmi eux, se trouvaient Hitler et Khomeini. Ils ont abattu Lee Harvey Oswald et bien d’autres. Ils viennent d’assassiner John Lennon, toujours par personne interposée, en manipulant mentalement de pauvres pantins. Ils ont créé le nazisme et se sont vautrés dans ses horreurs avec délectation. Ils égorgent, violent, revolvérisent, trucident, défenestrent, décapitent et éventrent avec sadisme et cruauté. Sans jamais se salir les mains. Ils appellent ça le Jeu. Ils se réjouissent du spectacle de la jungle urbaine ultra-violente qu’ils ont contribué à créer. Et pour corser le Jeu, ils se massacrent allègrement entre eux. Qui pourrait les arrêter ? Personne. Sauf peut-être un trio improbable, un vieux psychiatre juif rescapé des camps, un shérif blanc, cultivé et rondouillard, et une étudiante noire dont le père a été assassiné par ces joueurs un peu particuliers(**). Meurtres, cavales, enquêtes, trahison, complots, sexe, tortures, tous les ingrédients d’un polar d’excellente facture sont là, sur un millier de pages. Et l’arrière-plan fantastique procure un frisson supplémentaire. J’ai commencé le tome 1 de L’échiquier du mal de Dan Simmons un samedi matin. Et je ne l’ai plus lâché. J’ai couru tambouriner aux grilles de la FNAC en pleine nuit pour avoir le tome 2. J’ai eu des palpitations cardiaques à l’idée de devoir attendre pour me procurer la fin. J’ai envisagé de me le faire greffer au poignet pour être certain de ne pas l’oublier. En un mot, j’ai aimé. Bref, les amateurs de sang sur la chaussée, de tripes à l’air, de têtes qui roulent dans le caniveau, de voitures explosées, de poursuites dans la nuit et de carotides tranchées en auront pour leur argent. Les gourmands d’un fantastique ancré dans le réel, itou. A lire absolument sous peine de ringardise totale et définitive. Qu’on se le dise !
L’échiquier du mal Dan SimmonsEd. Galimard. Coll. Folio SF, 2 tomes.
(*) Marionnettisent… Je l’aime bien celui-là. Je le mets de côté pour une prochaine fois. (**) Il manque l’indien Cherokee impénétrable, l’hispanique ténébreux et macho, le trader WASP de Wall Street et le chinois sans green card pour que le melting-pot US soit représenté au complet ! La prochaine fois, peut-être… |
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