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AH, RAY... OBLIGATOIRE !
Je ne sais pas vous, mais moi je viens de prendre un pied d’enfer. Le super méga pied d’acier comme on disait du coté de ma jeunesse il y a deux millions d’années, bien avant les Pokémon et le Loft. Cette pure jouissance a duré plusieurs heures. Non, ce n’était pas le résultat d’une communion charnelle bestiale avec une créature peroxydée à hypertrophie mammaire et Q.I. de poisson rouge. Ce moment de plaisir parfait, je le dois à un monsieur de plus de 80 ans. Un vieux magicien. Imaginez un sorcier un peu farceur venant garer son tapis volant en double file devant votre HLM. Il vous klaxonne et vous fait signe de descendre faire un tour avec lui. Un peu hésitant, vous grimpez sur le vieux Kilim effrangé. Vous agrippez le conducteur par ses poignées d’amour, et vous vous laissez embarquer pour un fabuleux voyage. Ne vous inquiétez pas, le vieil ensorceleur sait où il va. C’est un pro, un vieux routard. Sa baguette magique ? Une écriture d’une incroyable beauté, d’une époustouflante poésie. Le voyage qu’il vous propose ? Des nouvelles de SF empreintes d’une douceur mélancolique où le fantastique provient d’un petit décalage progressif de la réalité, un imperceptible changement dans l’environnement habituel. Votre guide ? Ray Bradbury, le sorcier des mots. Avec lui, vous allez surfer sur des histoires merveilleuses se déroulant à deux pas de chez vous, des contes fabuleux dont votre patron, votre voisin, votre conjoint, vos enfants ou votre chien sont les acteurs émerveillés ou effrayés. Ray Bradbury est un incroyable conteur. Chez lui, le quotidien banal acquiert ce parfum d’étrangeté qui le rend tour à tour inquiétant et féerique. Dans son univers, le papier peint des chambres d’enfant représentant la jungle et ses animaux va s’animer et devenir aussi réel que menaçant. La cour de récréation de l’école est un lieu d’affrontements terrifiants où règne la loi du plus fort et du plus rusé, une arène sanglante dans laquelle un père plongera d’une étrange manière pour sauver son fils. Lorsqu’il est question de vaisseau spatial, notre vieux sorcier ne s’intéresse pas à la technique. Il nous donne à entendre les ultimes paroles que s’échangent des cosmonautes se sachant bientôt perdus à jamais dans l’infini de l’espace glacé. Chez ce magicien du verbe, un homme couvert de tatouage est en fait un recueil d’histoires fantastiques que raconte son corps peint pendant son sommeil. Un manège tournant à l’envers vous fait revenir en arrière dans le temps. Dans le dernier opus du maître, Train de nuit pour Babylone, la magie opère une fois de plus. Les chaudes métaphores de ce délicieux poète du fantastique nous entraînent dans un monde onirique balisé de petits garçons découvrant après un baiser de leur cousine qu’ils ont un corps sous leur tête, d’une balayeuse municipale aux inquiétantes réactions ou d’un joueur de bonneteau plumant des pigeons plus que consentants dans un train de nuit. Au détour de ces vingt et une nouvelles, on croisera un étrange voleur de lettres d’amour, un broyeur à ordures qui rugit comme un lion, de superbes figurants embauchés par un restaurateur malin. Vingt et un petits bijoux de rêve mélancolique, voiles arachnéens aux couleurs des feuilles d’automne, tissés avec les fils du temps.
Auteur de plus de cinq cents romans, nouvelles, pièces de théâtre, poèmes et scénarios, Ray Bradbury dit n’avoir écrit qu’un seul roman de SF, Farenheit 451, et affirme « La Science-Fiction est l’art du possible, le Fantastique l’art de l’impossible » Un art dans lequel il excelle, le bougre. Disons-le tout net, Ray Bradbury est au minimum le plus grand écrivain de tous les temps, et ceux qui ne l’auront jamais lu auront vécu en vain. Et toc !
Train de nuit pour Babylone Ray Bradbury Ed. Folio 340 p. |
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