AND THE DARWINNER IS...

 

 

 

Je ne sais pas vous, mais moi, mes cours de biologie, c’est un peu loin. Loin dans le temps et loin dans l’échelle de mes préoccupations. Vouloir me faire découper en petits carrés une grenouille qui ne m’avait pas attaqué et me demander d’observer attentivement au microscope le cœur battant de la malheureuse a suffi pour m’éloigner définitivement de cette discipline.

Jusqu’à Greg Bear et son dernier pavé, L’échelle de Darwin.

Si toi aussi, lecteur avisé, tu apprécies qu’un roman, mainstream, polar ou SF, te plonge dans un univers inconnu, un environnement inhabituel, et qu’il te donne en bonus quelques clés de compréhension, avec L’échelle de Darwin, tu seras servi ! Voici un genre de polar fantastique situé dans les milieux des sciences de la vie, génétique et biologie. Le meurtrier est un rétrovirus nommé Sheva (pour Rétrovirus Endogène Humain Viable), présent dans les gênes humains depuis des millions d’années. Les victimes sont toutes les femmes enceintes. Rien que ça. Après avoir hiberné tranquillement dans nos organismes depuis des dizaines de milliers de générations, la petite cochonnerie se réveille, s’ébroue un peu et jette un coup d’œil dehors. Il décide qu’après cette petite sieste, il est temps de se mettre au travail, à savoir s’attaquer aux fœtus. Résultat : Fausses couches à répétition, suivies d’une deuxième grossesse sans rapports sexuels, donnant lieu à l’arrivée de monstres difformes. Le tout à l’échelle du monde. Panique à bord. Emeutes, foules déchaînées, folie meurtrière, destructions et saccages, état d’urgence et couvre-feu. Chaude ambiance sur la planète bleue. Le rôle des flics traquant le tueur en série est tenu par une généticienne et un paléontologue. Entre deux parties de jambes en l’air, ils développent une théorie plus angoissante encore. Selon eux, ce rétrovirus ne serait pas une maladie à éradiquer d’urgence, mais l’agent d’un changement brutal dans l’évolution humaine. Ceci implique de ne pas combattre Sheva mais de l’accepter, l’étudier, l’accompagner. Remise en question douloureuse du Darwinisme pépère. Inutile de préciser que la théorie ne plait pas plus aux sommités médicales qu’aux autorités politiques ou aux populations terrifiées.

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Greg Bear, ce n’est pas le premier clampin venu. Spécialisé dans la hard-science, il a commis 28 livres de SF. Il a reçu le prix Apollo, le prix Nebula et le prix Hugo. L’échelle de Darwin a obtenu le Nebula 2000 ainsi que le Endeavour Award pour le meilleur roman de SF 2000. Il a été nominé pour le Hugo 2000. Excusez du peu.

Certes, les quelque 500 pages de la chose sont parfois un peu dures à digérer. Malgré la présence d’un bref précis de biologie et d’un petit glossaire scientifique, on patauge un peu au milieu des bactériophages, des HERV, des rétrotransposons, des exons et autres introns. Greg Bear est réputé en faire un chouïa trop dans la hard-science. Cent pages ultra-spécialisées de moins n’auraient nui en rien à la qualité de l’ouvrage et en auraient quelque peu allégé la lecture. Mais ne boudons pas notre plaisir. Les amoureux des grenouilles non découpées en tranches palpitantes, malgré leur inculture en biologie, prendront un grand plaisir à ce thriller scientifique. Greg Bear, contacté pour cette chronique, a confirmé qu’il n’est pas un biologiste de formation. Cette maîtrise du sujet vient d’un long travail de recherche auprès de scientifiques des domaines impliqués. Chapeau, l’artiste ! Il a par ailleurs indiqué qu’il finit actuellement la suite, Darwin Children. Vivement demain !

 

L’échelle de Darwin

Greg Bear

Ed. Robert Laffont

Coll. Ailleurs & Demain

510 p. 

 

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